lundi, juin 19, 2006

Vi(e)déo


Je crois qu'avec le précédent article, j'ai découvert la longueur à ne pas dépasser, ainsi que les couleurs à ne pas utiliser. Je vais donc revenir à des longueurs plus courtes et un noir plus sobre.

Voilà, je vous ai déjà parlé de mon clip quelques articles plus bas mais les choses ont avancées depuis. J'ai promis de pas m'étaler, je vais faire tout mon possible, mais j'aimerais juste en parle un peu, quand même (c'est les vacances et j'm'emmerde, j'fais c'que j'veux pour m'occuper, na!).

D'abord l'enregistrement, avec pas moins de 4 voix de cantatrice pour le refrain, c'que j'suis gâté. Bon, y avait aussi pas moins de 4 versions différentes d'une certaine syllabe, la première du mot parfum, incapables de le dire pareil :P, mais bon après magouilles, ça se voit pas et ça sonne très très bien ce refrain, merci :D.

Ensuite le tournage, premier jour avec Romain et Sâm, où le but était de l'intégrer dans chaque plan, surtout là où il n'avait rien à faire. Quelques scènes magiques avec la farine plein la gueule, on a dû effrayer pas mal du voisinage. Et les cascades automobiles, ce que j'ai eu peur pour ma vie ma parole.

Deuxième jour, début en ville avec une foule amassée par mes soins, c'est-à-dire quasi personne, il a donc fallu revoir le plan, ça a pas été trop possible de faire une marée humaine avec 7 tondus et 3 pelés (c'est une expression, sont très bien vos cheveux).
Direction chez moi avec May et Gé, pour une après-midi où l'on a passé plus de temps à faire le mayking of du clip qu'à véritablement tourner. Nan finalement avec le recul on a bien travailler ce jour-là, mais on s'est tellement marré (surtout vous, et ne niez pas, j'ai la preuve sur cassette) qu'on s'est même pas rendu compte que ça bossait. A part ça, dès que l'envie vous reprend de venir nettoyer ma salle de bain, ne vous retenez pas. Pis ce making of, je vais le garder préciseusement, je sens que ça va encore nous faire rire pour des années.

Troisième et dernier jour de tournage, chez mon grand-père. Là, c'était très efficace, mais c'était peut-être la partie du clip la mieux structurée, je savais exactement ce que je voulais comme plans. Mais mon aïeul, c'est un des gars les plus drôles que je connaisse, mais il fait pas à chaque fois exprès. Nan, il faut reconnaître ce qui est, il a vraiment assuré dans ce clip, mais parfois, certaines de mes instructions étaient, que dire, vite ressorties par l'autre oreille.
Exemple: Aie l'air intéressé... (3 secondes plus tard) C'est bon?
Voilà, vous l'aurez compris, ça l'a pas intéressé longtemps, mais c'était très gentil de sa part, thanks!

Ensuite, ce fut le montage, on m'avait dit que ce serait long. On m'avait pas dit que quand on disait long, on voulait dire looooong. J'ai jamais autant travaillé pour l'école de ma vie (bon en même temps la barre était pas très haute). Ca m'a pris des dizaines d'heure. Mais ça allait, à chaque fois je me marrais en tombant sur telle ou telle séquence, et pis j'étais fier du résultat au fur et à mesure (oui un peu de flattage d'égo, pourquoi pas?), donc ça passait vite.
J'me suis quand même rendu compte d'un truc. Vous savez, dans ces clips qu'on nous matraque à longueur de journée sur des chaînes abrutisantes (révolution!), les lèvres du/de la chanteur/euse (j'suis pas macho moi) collent parfaitement avec la musique, même si on change tout le temps de plan. Eh ben ça, en vrai, c'est très dur à faire. J'devais faire ça que pour deux phrases, plus le refrain, et j'ai déjà pas mal galéré à tout synchro, mais là encore, le résultat est pas mal.

La toute dernière phase du projet (vous êtes en accéléré là, le tout était réparti sur un mois) c'était faire le DVD. Sur ce coup-là, j'ai laissé le projet aux mains de Romain et May, qui se sont chargés, à grand renfort de consommation de caramels, de me faire des menus, des bonus en veux-tu en voilà et autres effets divers. Pas mal du tout visuellement, ça faisait très pro.

Voilà, pour conclure, une très belle expérience dont je me souviendrais toute ma vie (avant de choper l'Alzheimer) et dont je garde un très bon souvenir. Merci à tous ceux qui m'ont aidé et dû supporter ma mauvaise humeur et mon air hautain sur le tournage ;). Pour ceux qui ne l'ont pas vu et qui piaffent d'impatience sur leur petite chaise à roulettes (ne niez pas, je sais...) n'avez qu'à passer chez moi et j'vous monterais tout ça avec une fierté non dissimulée.

Ah, et étant donné que ceux qui sont arrivés là sont des vrais potes, je profite de la fin de l'article pour vous dire que mon anniversaire arrivant à grands pas (la prochaine fois il prendra l'bus), je vais sans doute organiser un ptit truc aux alentours du 10 juillet, news soon.

jeudi, juin 01, 2006

KRS-One


Comme Jim Carrey le dit dans un sketch hilarant dont lui seul à le secret: "Crazy things HAPPEN TO ME!!" En général je ne peux pas en dire autant, mais concernant un épisode qui m'est arrivé il y a de ça 2 semaines, je peux m'en vanter.

En vérité, tout commence l'été passé, entre Southampton et New York, à bord du Queen Mary II (si vous m'en voulez déjà maintenant, arrêtez de lire). Je mange paisiblement ma 4ème portion de sushi à volonté et je commence à songer à me prendre une glace au distributeur gratuit (tout ceci est véridique) tout en regardant passer des bikinis habités par de charmantes filles, quand tout à coup, du bout du couloir surgit un afro-américain (restons politically correct) d'un bon mètre nonante arriver penaudement, je reconnais instantanément son visage, car il est assez particulier, et son image est dans mon imaginaire collectif, comme dans celui de tout auditeur de vrai hip-hop made in 1980s-1990s qui se respecte. Ce visage appartenait à Lawrence Krisna Parker, alias KRS-One, véritable légende du hip-hop.

Le 95% de vous ne doivent pas le connaître, trop occupés à dire que le rap c'est de la merde ou à regarder et écouter que ce que MTV et NRJ proposent (révolution!), alors je vais faire un petit récapitulatif. KRS-One prend le micro en 1986 au sein du crew Boogie Down Productions et signe avec eux plusieurs albums dont deux certifiés classiques "5 Mics" par The Source, (ex-)référence en la matière. Après la mort de son DJ, il prend une orientation beaucoup plus pacifiste et éducatrice, prenant au passage le surnom de "The Teacha". En 20 ans de carrière et 15 albums, il n'a jamais cédé aux sirènes de la gloire et de l'argent (il n'a jamais tourné de clip ou même sorti de single, sauf erreur) mais a fait sa place dans le top 10, voire top 5, voire 3ème derrière Biggie et 2pac, dans la liste du coeur de beaucoup de B-Boys à travers le monde.

Voilà, vous savez qui est le personnage et ce qu'il représente pour moi, je décide donc d'aller lui parler avec ma soeur, il se révèle fort sympathique et nous dit qu'il faudra lui faire parvenir nos adresses e-mail, pour qu'il nous donne des invits pour son concert à Lausanne en mai 2006. Je ne devais le recroiser qu'une fois le reste de la traversée. En revanche, le soir même, je reconnais le même visage, en plus jeune, sur un corps plus petit, et je commence à sympathiser avec son fils, Chris. Je lui donne les e-mails, qu'il perd (ce que je ne savais pas à l'époque), on oublie de se donner les moyens de garder contact et on se sépare comme ça.

Avance rapide. Mercredi 17 mai 2006. D! Club. Lausanne. 23h00. La défaite d'Arsenal en finale de la Ligue des Champions pas encore acceptée, je me rends avec mon frère et quelques potes, au concert de ce même KRS-One, celui pour lequel j'attendais des invit', sans savoir que mon adresse e-mail n'était jamais parvenue au Teacher. Le concert commence, on se retrouve quasiment par miracle, tout devant, accoudés à la scène, à quelques centimètres du gars. La suite n'est que litres de transpirations décibels de cris et de hip-hop old school et conscious comme on l'aime. Extraits choisis:
"I can do what I like, I'm a free MC/ I can say things like fuck MTV"
"I rhyme for the people, the community/Like I said, it's about peace, love, and unity"
"You can see no ice (diamants) on my wrists or my neck/ All I got is your maximum respect"
Pour vous donner une petite idée de l'esprit qui régnait; à un moment donné, il invite tous les breakers de la salle à venir faire un ptit truc devant, sous l'ovation de la foule et le regard du maître. Ou à un moment donné, il demande un téléphone portable (le mien en l'occurence), me demande d'appeler à la maison, et dit: "Hello this is KRS-One,lots of love etc..." puis me le rend, après quoi je constate un peu déçu que ça sonne toujours et que je vais me faire tuer pour avoir appelé chez moi au milieu de la nuit en semaine.
A la fin de ce show de folie, il dit qu'il y a des T-shirts en vente et que s'il peut, il passera peut-être en signer quelques-uns. Avec Jonas, on décide de se cotiser pour un Tee, comme ça on pourra peut-être lui glisser deux mots et le faire se rappeler de nous.

On a pas eu besoin de sortir le porte-monnaie. Arrivé au stand, je reconnais son fils et l'apostrophe; "Hey Chris, remember me? From the Queen Mary bla bla" Après avoir eu droit quelques secondes à un regard réservé aux fous, il me reconnaît et on commence à discuter, hilare. Sa mère s'approche: "How did you guys land here?" "I live here..."
Ensuite de quoi elle nous offre des T-shirts, à tous (on était 5). Je demande à Chris jusqu'à quand il est à Lausanne, s'il veut que je lui montre 2-3 trucs en ville, pour lui changer de la routine de la tournée (fils d'artiste, métier bien difficile). Il prend mon numéro, on discute encore un peu.

Le lendemain, en plein milieu d'encore un cours d'économie inintéressant, mon natel vibre et quelle n'est pas ma surprise quand je vois un numéro genre +181804532 etc... Ca vient des States, j'urge hors de la classe, n'ayant pas le temps de répondre, je rappelle. Je passe 5minutes au téléphone sur un natel enregistré aux Etats-Unis,le temps qu'il arrive à m'épeler le nom et l'adresse de l'hôtel (faites dire Chemin du Rond-Point à un américain, vous rigolerez moins) et qu'on convienne que je vais le chercher direct après les cours.

Aussitôt dit, aussitôt fait. J'débarque à l'hôtel, un modeste 3 étoiles sous-gare (KRS n'a pas tellement le goût du luxe mdr) et je vois tour à tour le DJ de la veille, un sécu, le tour manager et d'autres énergumènes que j'apercevais sur scène le soir d'avant,drôle d'impression. J'débarque dans la chambre de chris,on glande un peu avant que je réussisse à le convaincre d'aller en ville, reste à convaincre ses parents, un peu plus difficile que prévu,ils demandent mon numéro de natel (compréhensible) et une copie de ma carte d'identité (compréhensible après réflexion, j'étais qu'un étranger dans un pays étranger). On bouge à Sega Quanta, le temps que ce gamin à grandes mains m'humilie à un truc de basket, puis on bouge chez moi, où je me venge en un contre un et je lui montre un DVD contenant une interview de son père, fous rires. Quelques heures plus tard, retour à l'hôtel, puis on bouge acheter à manger, et qui on croise devant l'hôtel en train de jouer avec ses deux plus petits gosses? On parles une minute de cette interview et il nous demande de ramener une pizza. Reste de la soirée sans évènement particulier, si ce n'est que je laisse mon t-shirt là-bas dans le but qu'il soit dédicacé le lendemain, c'est donc à torse nu sous ma veste que je rentre chez moi, sans bien comprendre encore ce qu'il m'arrive.

Le lendemain, fin des cours, j'y retourne, je lui fais la tournée des quelques boutiques hip-hop de Lausanne, dans lesquels on essaie de faire un peu de marketing, savoir s'ils veulent acheter des T-Shirts KRS. Les commerçants hip-hop suisse sont des incompétents, c'est officiel. Pas une boutique n'avait de carte de visite, pas une était capable de nous filer le numéro du responsable, pas de succès en affaires ce jour-là. En rentrant à l'hôtel, je croise KRS de l'autre côté de la route, que je remercie pour la dédicace. J'demande ensuite si je peux visiter le bus de la tournée, chose que j'ai à moitié regrettée quand le gros hell's angel allemand qui servait de conducteur m'a agressé quand chuis entré: "Wherr do I tek ze bos?" Bref, assez classe le bus, je ressors avec deux CDs dédicacés. J'emmène Chris au théâtre, où le bougre ne comprend rien, malgré la traduction simultanée d'alex et une impro de ma part en anglais. On bouge chez moi pour la soirée. C'est à ce moment là que sa présence me devient un peu pesante, dûe à ma fatigue. Et le bougre commençait à montrer ses limites, il n'a même pas 14 ans, et ça fait 4 ans qu'il est plus retourné à l'école, compte tenu de ça, il est vachement mature, intelligent et intéressant, mais tout de même. Bref, la soirée se passe quand même bien et il me raconte des anecdotes de gens connus (Xzibit,J-Lo, Big Pun, Fat Joe, Lindsay Lohan). Il devait partir le lendemain, on se dit au revoir, il rentre en taxi.

Le lendemain matin, je reçois un téléphone qui me dit (Chris, pas le téléphone) qu'ils ne sont pas partis, KRS ayant manifesté l'envie d'aller au Luna. Ayant du boulot, je dis à Chris que je pourrais difficilement bouger à l'hôtel, surtout que je devais enregistrer l'aprèm. Il prend donc un taxi et me rejoins. J'lui montre quelques trucs, lui file un texte et une lettre pour son père, le rebat en un contre un. Mes parents proposent d'inviter les siens à manger, j'appelle, impossible pour eux, mais je reçois une invitation surprenante: "You have to come see us in California". Chris me raconte ensuite qu'il a dit à son père tout ce qu'on avait, et que je rappais, et que je faisais ci, ça, ce qui a incité le père à dire: "Ok, Thomas is rollin'now, he can be part of the crew." Et KRS-Two de renchérir: You're the newest member of the BDP (NDLR: illustre groupe) now.
Le soir, Chris va voir un film avec Jonas et rentre à l'hôtel. J'appelle sa mère pour confirmer qu'il soit bien là,le coup de tél se finit par: See you in America.

Voilà, c'était quelques jours assez fous, avec le recul je m'en rends compte. Je sais pas si leur invitation était sérieuse, mais j'aimerais y aller l'été 2007, j'vais les appeler quand la tournée sera finie, dans 2 mois, et on verra bien. En tout cas, ça a fait bizarre d'être si proche de quelqu'un qui a écrit les lettres de noblesse du hip-hop.